Luxusbesetzung

 

Zu spät stellten wir fest, dass es ja im April 2017 im Straßburger Palais de la Musique et des Congrès, Salle Erasme, ein Konzert der absoluten Sonderklasse gegeben hat: Berlioz-Fachmann John Nelson dirigierte zweimal Les Troyens mit den Solisten Michael Spyres, Marie-Nicole Lemieux und Joyce DiDonato in den Hauptrollen. Dazu kam eine weitgehend nationalsprachige Crew sowie Chor und Orchester der Straßburger Philharmonie, verstärkt durch den Badischen Staatsopernchor. Die weitere Liste der mitwirkenden jungen Hoffnungsträger liest sich lang, von Laurent Naouri bis zu Stéphane Degout (jüngst der französische Wolfram in Monte-Carlo) und Stanislas de Barbeyrac. Das Ganze kommt im November 2017 bei Erato auf die CD; und das Herz des Melomanen schlägt bereits schneller, lassen gelungene Hosentaschenaufnahmen doch schon ahnen, was uns bevorsteht. Um zumindest schon mal einen Eindruck zu geben bringen wir im folgenden eine französische Kritik von Michel Thomé vom Online-Magazin ResMusica (mit Dank an den Autor und die Redaktion). G. H.

 

„Les Troyens“ konzertant in Straßburg/ Foto Gregory Massat

Annoncés à grand renfort de publicité et faisant l’objet d’un enregistrement discographique par Warner, les deux concerts des Troyens d’Hector Berlioz par l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg se présentaient comme le point d’orgue de la saison musicale alsacienne. La distribution d’un luxe extrême, jusque dans les plus petits rôles, et la direction passionnée de John Nelson remportent effectivement la partie.

Le principal maître d’œuvre de ce succès — de longues minutes d’ovations debout par un public enthousiaste — est le chef d’orchestre John Nelson qui a déjà abondamment démontré ses affinités avec Hector Berlioz, que ce soit à l’opéra, au concert ou au disque. C’est d’ailleurs avec Les Troyens qu’il fit sa première apparition au Metropolitan Opera de New York, en y remplaçant Rafael Kubelik malade. Ce soir encore, sa direction amoureuse et attentive au moindre détail le prouve. On entend rarement les subtilités de l’orchestration géniale de Berlioz (les interventions des bois !) ainsi mises en évidence. On admire aussi la transparence frémissante des moments plus intimes (le duo Enée-Didon par exemple), le sens de la pulsation rythmique juste et subtilement marquée, la grandeur tragique des morts successives de Cassandre et Didon. Le caractère épique de la grande fresque n’est pas pour autant oublié avec des chœurs tonitruants et des ensembles vocaux grandioses, avec aussi la spatialisation bienvenue des effets sonores comme pour cette « Chasse Royale et Orage » où la répartition des cors en coulisses et à différents endroits de la salle produit un effet d’élargissement de l’espace saisissant.

Captation pour le CD oblige, c’est une version quasiment complète et avec les ballets qui nous est offerte. En dépit de la longueur de la soirée (plus de cinq heures avec les deux courts entractes), l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, au grand complet et renforcé par des éléments extérieurs venus notamment du Symphonique de Mulhouse, se montre sous son meilleur jour, concentré et réactif aux injonctions de son chef. La formidable assise grave d’un pupitre étoffé de huit contrebasses se conjugue avec des cordes soyeuses et voluptueuses (on les a connues bien plus rêches dans la fosse de l’Opéra national du Rhin), une petite harmonie éloquente et agreste, des percussionnistes engagés pour se hisser à la hauteur de l’événement et de la monumentalité de la partition.

Avec le rôle de Cassandre, Marie-Nicole Lemieux touche à la limite de ces moyens vocaux, dans l’aigu tout particulièrement. Mais loin de lui nuire, cela apporte à son interprétation un supplément d’engagement, de désespoir, une sorte de folie suicidaire qui convient bien au personnage. Magnifique de legato dans sa cavatine « Reviens à toi, vierge adorée », le Chorèbe racé de Stéphane Degout se met à la même altitude en terme de puissance et d’intensité et leur duo explosif comble les attentes. Malgré la brièveté de ses interventions, Marianne Crebassa se fait remarquer en Ascagne juvénile et charmant, à l’aigu chaleureux tandis que Philippe Sly est un Panthée de luxe, au timbre riche et profond. Cette première partie de « La Prise de Troie » offre également l’occasion d’entendre l’Hélénus de Stanislas de Barbeyrac, qu’on retrouvera plus tard en Hylas, le Priam de Bertrand Grunenwald, l’Hécube d’Agnieszka Sławińska ou le soldat de Richard Rittelmann qui ouvre le spectacle, aux interventions certes moins décisives mais toutes de grande qualité. Sans oublier l’excellent Jean Teitgen en Ombre d’Hector, dont les interventions depuis la coulisse sont tonnantes à souhait et aux graves profonds assurés.

La seconde partie « Les Troyens à Carthage » sera encore plus époustouflante. Elle introduit en effet la Didon absolument magistrale de Joyce DiDonato. Que louer en premier chez cette artiste majeure ? Le contrôle du souffle est absolu, l’émission est égale sur toute la tessiture, de l’aigu vibrant et pénétrant au grave charnu, même discrètement poitriné mais toujours à des fins musicales et en situation. L’interprétation est variée, évolutive, intensément vécue, de la noblesse affectueuse de son entrée «Chers Tyriens» à son renoncement final empli de désolation en passant par les demi-teintes sublimes du duo avec Enée et par la véhémence sidérante de ses imprécations furieuses et désespérées. Doté d’une technique vocale à toute épreuve, Michael Spyres paraît d’une déconcertante facilité dans le rôle pourtant crucifiant d’Enée. Habitué à des formats plus héroïques, on peut éventuellement regretter des aigus fortement mixés mais néanmoins toujours sonores et projetés. Cependant, le style châtié, le contrôle permanent de l’émission, les nuances, les mezza voce et la variété des colorations (quel duo d’amour avec Didon, à nouveau) sont probablement plus proches de l’Enée qu’imaginait Berlioz et sont en tout cas la marque d’un grand artiste.

L’Anna de Hanna Hipp, toute de fraîcheur et d’humanité, semble un peu frêle en face du véhément Narbal de Nicolas CourjalCyrille Dubois assure superbement une chanson d’Iopas aux aigus en voix mixte rêveurs et poétiques, quand Stanislas de Barbeyrac se montre plus viril mais non dépourvu de nuances en Hylas. Dans le duo des deux sentinelles, Jérôme Varnier et Frédéric Caton réalisent eux aussi parfaitement ce court moment de détente souriante au milieu du drame. Rajoutons que, très bien préparée par Elsa Lambert et Jeff Cohen, toute la distribution même non francophone s’exprime dans un français parfait. Le seul relatif bémol qu’on puisse émettre à ces Troyens concernera les interventions du chœur, en fait des trois chœurs rassemblés pour la circonstance. Non pas sur leur qualité ou leur engagement mais leur effectif pléthorique et surtout leur position en fond d’une scène en forme d’entonnoir, qui fait porte-voix, pose des problèmes d’équilibre sonore non résolus. Leur chant parvient à la salle amplifié, saturé et leur intelligibilité en est brouillée. Pour le final, le choix de spatialisation les répartit dans la salle ; leur homogénéité et leur netteté sont alors retrouvés 17 avril 2017) Michel Thomé

 

Foto oben: „Les Troyens“ konzertant in Straßburg/ Joyce DiDonato und John Nelson/ Foto Gregory Massat. Den Artikel übernahmen wir – mit Dank an die Redaktion und natürlich vor allem den Autor – vom französischen Online-Magazin ResMusica – musique classice et danse.