Glanzvoll aufgefrischt

 

(…) La très bonne surprise de l’ère Lissner c’est que certaines reprises y retrouvent un goût de neuf et, en l’occurrence pour celle-ci, d’indémodable, de classique á la Bastille. Il est vrai que la plupart auront un peu oublié (ou ignoré) la production du Bolchoï entretemps importée à Garnier, inopinément et en supplément, à la fin de l’ère Mortier, pour les débuts de Tcherniakov. Ce moderne Eugène Onéguine de Tchaïkovski à l’Opéra-Bastille  von 2008 (zuletzt mit Thomas Hampson) privé de campagne où tout se passe dedans, et pratiquement autour d’une table (quand ce n’est pas dessus, debout au clair de lune, comme Tatiana censée écrire sa lettre), périmait irréparablement, pouvait-on croire, la production signée Decker. Eh bien Willy Decker revient, bien éclairé, avec un nouveau cast, une star vocale de première grandeur et un sublime chanteur/acteur (ce qui n’est pas vraiment la même chose), bien répété et remis à neuf, et Onéguine triomphe.

„Eugen Onegin“ an der Pariser Opéra-Bastille/ Szene/ Foto Guergana Damianova/ ONP

Pour Sa Tatiana n’est plus une jeune fille, certes ; et beaucoup, pressés de l’applaudir, ce n’était qu’un gala Netrebko: Anna Netrebko refoulant les planches de Bastille au jour où, en forme royale de toute la saison, plus personne ne lui conteste la couronne lyrique absolue d’aujourd’hui. Et sûrement sur cette lancée (et avec Muti !) elle pourra être à Salzbourg la sensationnelle Aida qui nous manque. sûrement lors de la lettre la plongée dans l’intériorité dont était capable, par le simple timbre et une sorte d’effacement du son, une Varady naguère, n’a jamais été dans les cordes d’une chanteuse essentiellement saine, peu amie de l’introspection, et qui aime à avoir les choses à chanter qui vont droit devant elles.

Passent dans cette Tatiana des accents, mais des effets aussi, d’une Violetta qu’elle peut encore chanter, et de Leonora. Elle est capable de donner un son piano, à partir de la plénitude du timbre : et peu aujourd’hui savent passer de l’un à l’autre. Mais chanter intérieur, en un sens, n’est simplement pas dans ses cordes. Sublime chanteuse, mais pas précisément d’âme slave, telle qu’on l’a entendue ici. C’est sans doute à cause de la superstar qu’on a tellement soigné cette reprise.

Deux dames se sont haussées au même niveau d’excellence : en Olga Varduhi Abrahamyan, qu’on suit de l’œil depuis ses timides premiers rôles à Toulouse, où se discernait déjà la qualité star, qui rayonne désormais. Et Hanna Schwarz en Filipovna, si humble et naturelle, si vraie. La Larina de Elena Zaremba, au regard, ne se débarrasse pas d’un certain empois, qui peut se faire stridence.

Mais l’autre (et peut être plus vraie) star, ce soir, c’est Peter Mattei. Il y a des âges : à Aix, il était presque trop jeune, trop tendre, trop visiblement vulnérable pour réussir pleinement son Onéguine, pourtant à fondre et divinement chanté. L’autorité, le poids, l’amertume intérieure lui sont devenus, aujourd’hui, naturels, et sa silhouette, son port toujours splendides font qu’il incarne et joue un Onéguine aussi idéal qu’il le chante.

„Eugen Onegin“ an der Pariser Opéra-Bastille/ Szene/ Foto Guergana Damianova/ ONP

Le Lenski, Pavel Černoch, a tout sauf une voix vraiment jolie (s’agissant d’un ténor du moins). Mais la phrase est d’une sensibilité musicale exquise et il fait des choses d’un raffinement vocal et poétique absolu dans son grand dernier air. Gremine ne fait que paraître et chanter son air, on le sait. Mais Alexander Tsymbalyuk le fait de telle façon qu’on ne risque pas de l’oublier. Délicieux fantoche de Mr Triquet avec l’ineffable Raúl Giménez.

Les chœurs de José Luis Basso s’en donnent à cœur joie (et il y en a, sous différents jours). L’orchestre avec Edward Gardner a joué avec un ensemble, une souplesse et un brio de sonorité parfaits : mais c’est seulement en deuxième partie avec l’air de Lenski que lui est venue dans le timbre, dans la couleur, cette qualité de mélancolie lumineuse qui est si essentielle à Tchaïkovski. Nul doute qu’ayant donné l’intégrale de ses symphonies (comme c’est au programme de sa saison prochaine avec Philippe Jordan) il l’aura plus naturellement dans ses cordes. Si on reprend cet Onéguine qui a été accueilli comme un classique, intemporel et toujours actuel, on ira écouter, voir la différence (18 mai 2017)! André Tubeuf

 

Den Artikel entnahmen wir – wie stets mit großem Dank – dem Blog des Autors: L´oeil et l´oreille. Foto oben: „Eugen Onegin“ an der Pariser Opéra-Bastille/ Szene/ Foto Guergana Damianova/ ONP